Nature Québec et Équiterre proposent une feuille de route pour une agriculture verte!

Équiterre et Nature Québec pro­posent de lier étroite­ment le sou­tien de l’agriculture par l’État à l’adoption de bonnes pra­tiques agroen­vi­ron­nemen­tales sur le ter­rain, pour pren­dre résol­u­ment le virage d’une agri­cul­ture verte. Dans une étude con­jointe pub­liée aujourd’hui, les deux organ­i­sa­tions pro­posent une feuille de route pour appli­quer con­crète­ment le con­cept d’écoconditionnalité au Québec. En tête de liste fig­urent l’élargissement et la pro­tec­tion réelle d’une bande riveraine nat­u­ral­isée le long des cours d’eau, la rota­tion oblig­a­toire des cul­tures pour la pro­tec­tion des sols et l’adoption d’un plan de con­ser­va­tion pour réduire l’impact des agrosys­tèmes sur leur environnement.

1 milliard de dollars pour soutenir l’agriculture verte

L’agriculture québé­coise est forte­ment soutenue par l’État. En fait, ce sont plus de 1 mil­liard de dol­lars qui sont investis annuelle­ment par la société pour soutenir son agri­cul­ture. Selon Chris­t­ian Simard, de Nature Québec, « les Québé­cois sont en droit de deman­der que le sou­tien de l’État, par leurs impôts, serve de levi­er à l’adoption de bonnes pra­tiques par les agricul­teurs et con­coure à la pro­tec­tion de leur envi­ron­nement. L’écoconditionnalité est un instru­ment économique incon­tourn­able et effi­cace pour faire pro­gress­er l’agriculture ». L’écoconditionnalité est un mécan­isme qui lie le sou­tien de l’État au respect de normes envi­ron­nemen­tales, donc au respect des règle­ments et à l’application des bonnes pra­tiques agroenvironnementales.

Des efforts à faire au Québec

Le gou­verne­ment ne doit pas seule­ment don­ner une image verte à l’agriculture, mais s’assurer des avancées sur le ter­rain. À l’exception de la ques­tion des bilans de phos­pho­re devant être remis annuelle­ment, et être à l’équilibre depuis 2010, aucune autre mesure d’écoconditionnalité n’a été intro­duite par le gou­verne­ment. Pour Syd­ney Rib­aux d’Équiterre, « Le Québec fait piètre fig­ure si on le com­pare aux pays lead­ers en la matière (Suisse, France, États-Unis..), pour lesquels le sou­tien de l’État est lié à un ensem­ble de bonnes pra­tiques agri­coles : pra­tiques de con­ser­va­tion de sols, préser­va­tion de milieux naturels, ges­tion des pesticides… ».

En 2008, le Vérifi­ca­teur général du Québec pres­sait le gou­verne­ment d’introduire de nou­velles mesures d’écoconditionnalité. Or, selon Équiterre et Nature Québec, les sup­posées nou­velles mesures, dont a fait l’éloge le récent rap­port du Vérifi­ca­teur, ne sont pas de l’écoconditionnalité. En effet, le Vérifi­ca­teur général con­fond cohérence régle­men­taire et écoconditionnalité.

Pour la pro­tec­tion de la bande riveraine par exem­ple, retir­er les super­fi­cies des cal­culs du sou­tien financier n’incite pas vrai­ment l’agriculteur à respecter ou à implanter une bande riveraine, de même que cela ne pénalise pas vrai­ment ceux qui ne la respectent pas (un principe clé de l’écoconditionnalité est de retir­er l’accès au sou­tien). Même si l’agriculteur n’est pas « assuré » s’il cul­tive à l’intérieur de la bande riveraine, rien ne l’empêche de le faire et de recevoir de l’aide pour tout le reste de sa terre en pro­duc­tion, comme si de rien n’était. Le fait de ne pas soutenir la pro­duc­tion faite dans la bande riveraine est un gain admin­is­tratif voire une économie pour l’État, mais pas un gain envi­ron­nemen­tal. Équiterre et Nature Québec ont écrit aujourd’hui au Vérifi­ca­teur général pour leur faire part de cette anom­alie con­tenue dans son plus récent rapport.

Il est impératif que le MAPAQ et ses agences intè­grent la notion de bonnes pra­tiques dans leur déf­i­ni­tion de l’écoconditionnalité. On ne peut pas faire pro­gress­er l’agriculture en util­isant l’écoconditionnalité de manière tron­quée ou dénaturée. Nature Québec et Équiterre pro­posent donc un plan d’action, ou feuille de route, pour que le Québec se dote d’une réelle éco­con­di­tion­nal­ité, en y inté­grant de bonnes pra­tiques recon­nues, qui offrent des béné­fices à la fois à la société et au secteur agri­cole. Les moyens d’application de ces mesures sont sim­ples et per­mis par les struc­tures admin­is­tra­tives déjà en place.

Pour les deux organ­ismes, l’écoconditionnalité, appliquée dans son inté­gral­ité, devrait être au cœur de la nou­velle poli­tique agri­cole, comme le recom­mandait la com­mis­sion Pronovost dans son rap­port, pub­lié voilà main­tenant plus de 4 ans…

Auteur / autrice